Justice, mensonge et illusion.
Plus récents et fixés à la hauteur d’une mezzanine qui s’ouvre sur le premier étage, les portraits peints des trois derniers souverains de l’Ethiopie (Tewodros IV, Ménélik II, et Haïlé Sélassié Ier) et celui de Menguistu s’offrent aux regards. Ces oeuvres rappellent que jusqu’à une période récente, l’art officiellement toléré en Ethiopie se devait de glorifier le prince.
Celle représentant Ménélik en costume d’apparat est sans doute la plus avantageuse. D’autant plus que le souvenir de son règne tel qu’il est conservé et transmis dans la mémoire collective repose surtout sur l’image du vainqueur d’Adoua, pourfendeur de l’impérialisme occidental, chevauchant dans de vastes plaines en costume de guerriers, celle du conquérant, occupé à soumettre les provinces hostiles, ou celles de l’homme d’Etat, le pacificateur, coiffé d’un éternel foulard blanc sous un chapeau à larges bords et dépassant d’une tête les fidèles qui l’entourent. Ce n’est que justice: Ménélik a offert à l’Ethiopie la reconnaissance des nations modernes.

Haïlé Sélassié quant à lui, est représenté en uniforme militaire, le regard tourné vers la gauche, comme pour mesurer le chemin parcouru. Dans cette direction, le ciel encombré de nuages gris évoque la tourmente de la guerre et de l’exil. La dépossession. Tête haute, l’Empereur, dont la titulature officielle, pétrie de mythes bibliques, était “Haïlé Sélassié Ier, élu de Dieu, Rois des rois d’Ethiopie, Lion de la Tribu de Juda, 225ème descendant de Salomon”, exprime dans sa posture à la fois la force de sa résolution à bouter l’envahisseur, mais aussi la bienveillante sagesse du monarque éclairé. Ce n’est qu’illusion: le Roi des rois n’a offert à l’Ethiopie qu’un rêve inabouti de grandeur.

Le portrait de Menguistu est tout aussi surprenant: le combattant de la révolution, le marxiste dirigeant l’armée du peuple, qu’on voit généralement en tenue militaire , est ici représenté dans un costume-cravate qui semble lui conférer une légitimité politique qu’il n’a sans doute jamais connue ni même effleurée. Mengistu, le négus rouge, Menguistu, qui répand la terreur et fait massacrer ses opposants une décade durant, Menguistu, qui pactisa avec les grandes puissances et affama le peuple pour construire une armée, Menguistu, auquel ce portrait idéalisé redonne l’apparence d’un homme d’Etat avisé. Ce n’est que mensonge: Menguistu n’a offert à l’Ethiopie qu’un cortège de douleurs.
NJ
jm@icipalabre.com





La couronne d’Haïlé Sélassié est bien celle qu’il portait le jour de son sacre le 2 novembre 1930 (“le couronnement du siècle”), rehaussée d’une croix à trois branches (symbole de la Trinité), bien que, si l’on se réfère aux photographies d’époque, elle ait probablement été légèrement modifiée.
D’Africa Remix à Ethiopia Remix. Sublimation du symbolisme talismanique chez Geramawi Mezguebu.
La présence de Gera à Africa Remix est néanmoins intéressante.



J’ai découvert Koffi Comar, jeune peintre togolais installé en France, il y a deux ans environ. Le visuel d’un carton d’invitation à une de ces expositions m’avait suffi à me déclarer fervent admirateur de son oeuvre.
A ceux et celles qui voudraient découvrir la musique éthiopienne et son histoire, les rayons “Musique du monde” des disquaires occidentaux offrent un catalogue fabuleux de disques édités dans la collection “Ethiopiques” chez Buda Musique. Francis Falcetto, expert incontesté dans ce domaine, dirige cette collection (qui en est à son vingtième volume) depuis une dizaine d’année. L’homme a consacré sa vie à des recherches sur l’ethio-jazz et les musiques modernes et traditionnelles éthiopiennes, collectant des enregistrements anciens qu’on croyait perdus. Un travail “archéologique” monumental. Il faut dire que la plupart des disques pressés jusqu’en 1975 (environ 500 45T entre 69 et 78) était présumée disparue jusqu’à ce que Falcetto découvre qu’un des producteurs de l’époque(Amha Eshèté) ayant émigré aux Etats-Unis pour cause terreur rouge après le renversement de HIM Hailé Sélassié, avait pris soin de sauver dans sa fuite une grande quantité de ses masters. Après plusieurs années de quête, Falcetto en retrouve la trace, en Grèce ! La redécouverte de ce précieux fonds est en partie à l’origine des “Ethiopiques”. Toute l’histoire est contée et documentée dans les livrets passionnants joints à chacun des CD de la collection dont je ne saurai trop vous recommander la lecture.


