04/07/2009

Afriki KonjoLe concept «Art dans les cours et jardins»,  cher aux habitants de l’Yonne, sera à l’honneur du 18 au 25 juillet prochain dans la demeure de Frédérique Chambon, sise 1 rue de Bel-Air à Saint-Sauveur-en-Puisaye (89520).
C’est là en effet que l’association Ici Palabre, à l’invitation de  l’association Musicogîte , a choisi de présenter en exclusivité «Afriki Konjo» , une exposition inédite d’art contemporain d’Ethiopie, de Djibouti, de Somalie, du Sénégal et de Côte d’Ivoire.  Constituée en plusieurs années au fil de rencontres avec de jeunes créateurs d’Afrique de l’Est et de l’Ouest, cette collection d’oeuvres d’art, jamais vue en France, compte une cinquantaine de peintures, abstraites ou figuratives, contemporaines ou traditionnelles réalisées par des artistes «émergents», vivant et travaillant en Afrique, et peu coutumiers des biennales et autres grands marchés internationaux de l’art.
Cimaises improvisées, chevalets de campagne, l’exposition s’inscrit dans une alternative aux conformismes muséographiques… les toiles s’installent dans la cour, les espaces verts, le cellier… autant d’espaces de découverte et de convivialité que le public est invité à s’approprier au cour des rendez-vous culturels proposés par Musicogîte (concerts les 18 et 25 juillet prochain).
Outil de promotion d’une création lointaine et toujours méconnue , «Afriki Konjo» soumet au regard une effervescence de formes et de couleurs dans laquelle se distingue une multitude bouillonnante de personnages féminins  : Vénus abyssines aux silhouettes parfaites, muses surgies de fantasmes esthétiques et danseuses saisies par la transe, nées sous le pinceau d’Elias Areda;  jeunes mariées innocentes et dames élégantes, imaginées par Robel Berhane; créatures insolentes  et guerrières de Merikokeb Berhanu; demoiselles égarées et femmes voilées des ruelles de Harrar, soumises au regard critique de Kerima Ahmed. Ici, tout le spectre des références à l’iconographie et au symbolisme de l’Ethiopie éternelle défile sous nos yeux.
Musicians, Elias Areda, 2009Plus loin, on se plaît à déceler la filiation avec les tendances décoratives de l’Art Nouveau, on s’étonne de la violence qui surgit des oeuvres du Sénégalais Seni Mbaye évoquant la scarification, on s’interroge devant les cosmogonies de Djamal, peintre du Nord de la Somalie, on est séduit par les paysages urbains de Birame Ndiaye et les ambiances nocturnes du Djiboutien Fouad Daoud, on s’émerveille des contrastes qui étoffent les forêts tropicales du peintre ivoirien Idrissa Diarra, l’un des précurseurs de l’art naïf ouest-africain.
Mais, que l’on soit connaisseur ou pas, très vite, une évidence s’impose au regard: on est ici en présence d’une production artistique exceptionnelle, qui reflète toute la diversité des  tendances contemporaines de la création artistique d’Afrique.

NJ

Liens:
http://www.musicogite.fr/

http://www.citedesmusiques.org/agenda/detail-result.asp?id=32082

06/06/2009

“ Le bonheur est un ange au visage grave” (Amedeo Modigliani, mai 1913)

Modigliani headAprès le musée Thyssen de Madrid en 2008, c’est cette fois la Kunsthalle de Bonn qui présente jusqu’au 30 août une rétrospective Modigliani qui comprendra une centaine d’oeuvres, peintures bien sûr, mais également dessins et sculptures.
L’occasion pour Ici Palabre de se pencher sur un aspect plutôt méconnu du travail de cet artiste dont la courte vie ne lui a guère donné l’occasion d’une promenade en Afrique, alors que certaines de ses oeuvres, de l’avis des spécialistes, semblent clairement influencées par l’art africain.

On raconte que Modigliani, un mauvais soir d’automne en 1909, aurait précipité quelques unes de ses sculptures dans le Fosso Reale, cours d’eau qui traverse la ville de Livourne en Italie.
Pourquoi ? Les hypothèses sont nombreuses.
C’est cette année-là en effet que Modigliani décide de se consacrer à la taille et au dessin, abandonnant la peinture jusqu’en 1914. Il aurait pu s’agir donc, des premières oeuvres sculptées d’un artiste insatisfait et qui, aujourd’hui mondialement célèbre pour ses nus et ses portraits, ne supportait sans doute pas la médiocrité. Soixante-quinze ans plus tard, convaincue de la véracité de cette légende, la conservatrice du musée d’art moderne de Livourne commande un dragage en règles du canal et retrouve, Ô miracle, trois têtes sculptées “sauvées des eaux”.

Modigliani SculptureEmotion mondiale . Les experts et la presse internationale exultent, annonçant la découverte de trois oeuvres majeures de la sculpture contemporaine. Jusqu’à ce que, Ô scandale, trois jeunes étudiants révèlent qu’ils sont les auteurs d’une des sculptures, photo à l’appui, et qu’ensuite un docker du port de Livourne, artiste à ses heures, s’avoue lui-même auteur des deux autres. Le monde tout puissant de l’art et de l’expertise vacille sous le choc du canular.

Mais, une fois digérée cette anecdote célèbre, on ne saurait rester insensible à la sculpture “authentique” de Modigliani ni à sa relation à l’art nègre. Car c’est en effet dans cet art nouvellement découvert et décodé par de célèbres théoriciens et critiques comme Carl Einstein que l’artiste italien, disparu prématurément à l’âge de 35 ans, va désormais puiser son inspiration, sous l’influence de Picasso et Matisse, découvrant sans doute au contact des cercles cubistes parisiens, le nouveau langage esthétique qui caractérisera l’ensemble des oeuvres qu’il réalise jusqu’à sa mort en 1920.

Vue d'une sculpture de Modigliani / Exposition à Madrid / 2008Modigliani, Picasso et Salmon
Sculpture de Modigliani / Musée Thyssen de Madrid, 2008 / à droite: Modigliani, Picasso et Salmon

Sculpture fang Masque du ngil XIXe siècle Gabon Bois, kaolin, clous de laiton H. 66 cm Ancienne collection André Lefèvre Dépôt du Muséum national d'histoire naturelle - Musée de l'Homme 71.1965.104.1Modigliani possédait-il à l’instar de ses illustres amis artistes et collectionneurs, des sculptures africaines qui l’aurait conduit à une réflexion esthétique nouvelle? Fréquentait-il tel Braque ou Gris les premières galeries parisiennes d’art primitif, comme celle du Boulevard Raspail ? Laissons aux biographes le soin d’y répondre. En tout cas, on sait qu’il ne réalisera que 25 sculptures dont des têtes d’aspect monumental (clichés du haut) qui témoignent de sa quête d’une sorte de beauté abstraite et atemporelle. Modigliani admirait Brancusi, et comme lui, il taille la pierre parfois d’une manière assez grossière et sans souci du détail.

Modigliani Head in Left profile with chignon-1910
A.Modigliani / Tête de profil gauche avec chignon (Dessin, 1910)

En observant les dessins et esquisses qu’il réalise entre 1909 et 1914, on ne peut s’empêcher de noter une similitude avec cet effet de grandeur, de virginité et d’immobilité que les artistes du début du XXème siècle découvre dans l’art nègre ( “Un art encore assez vierge pour créer de l’admiration “ a écrit Vlaminck).

Modigliani Aquatinte n°3 © roussard.com

 

Aquatinte n° 3. Gravure réalisée par les éditions “Il Cigno” sous la direction des Archives Légales Amedeo Modigliani - Timbre sec des Archives Légales A. Modigliani / Jeanne Modigliani - - Monograme à l’encre. Dimension avec les marges : 50 x 35 cm / Info e-mail: roussard@noos.fr / Galerie André Roussard, Montmartre / http://www.roussard.com/

Modigliani cherche dans la représentation du portrait à sublimer la figure humaine non par la couleur, le relief ou le contraste, mais par la puissance expressive de la ligne. Comment dès lors ne pas entrevoir une parenté secrète entre ces sculptures hiératiques et par exemple les masques blancs “ngil” des Fang (Gabon) ? Ces longs cous démesurés parfois épais, ces yeux en amande exagérément effilés , ces visages graciles qui trahissent la solennité… tant dans sa peinture à partir de 1914 que dans sa scultpture, Amedeo Modigliani semble avoir trouvé dans la courbe, le contour et l’arête, la force instinctive dont les artistes-sculpteurs de cette Afrique lointaine ont pu témoigner dans leur quête inquiète de l’au-delà.

NJ

Références:
Expo Modigliani / Kunsthalle de Bonn
Modigliani sur Peintres-analyse.com
100 chefs d’oeuvre d’Afrique Musée du Quai Branly

Galerie André Roussard
ArtSevenSun , Les arts anciens d’Afrique

15/05/2009

Coup d’oeil sur le Festival Sun Art 2009 de Lourmarin, 9-12 juillet 2009

affiche-sun-art-2009.1242414119.jpgLe Vaucluse a rendez-vous cet été avec la création africaine d’aujourd’hui. Il n’est guère étonnant donc qu’Ici Palabre y jette un oeil curieux.
C’est dans la ville de Lourmarin, l’un des “plus beaux villages de France” à la croisée d’ Apt et Aix-en-Provence (pour la latitude) et de Cavaillon et Manosque (pour la longitude), que l’association ODC (Osmose, Développement et Cultures) a choisi de lever le rideau le 9 juillet prochain sur ce qui promet d’être l’une des plus intéressantes manifestations estivales de l’hexagone.
Outre une programmation alléchante, c’est la démarche des organisateurs, guidée par le souci d’offrir aux expressions artistiques du continent une visibilité renouvelée et plus respectueuse des particularismes culturels, qui conduit tout naturellement Ici Palabre à tourner ses projecteurs vers un événement aussi ambitieux que prometteur.
“Rencontres, partage et élégance”… c’est en ces termes en effet que l’association ODC entend décrire une conception de la médiation culturelle relativement inédite, un concept qui s’attache autant à la qualité du transfert qu’à son contenu. Un festival, en effet, ce n’est pas simplement des artistes sur scène et une foule de vacanciers assoiffés sous un chapiteau. Si divertissements et “enjaillements” en tous genres sont bien prévus à l’affiche du Festival Sun Art, il y aussi en amont une réflexion originale de l’équipe organisatrice sur la nécessité d’optimiser les conditions d’un dialogue interculturel. Souvent biaisé pour ne pas dire faux et inexistant dans les circuits institutionnels et commerciaux de la diffusion culturelle, et ce en dépit d’annonces tapageuses plus destinées à convaincre les bailleurs de fonds que le consommateur final, le dialogue des cultures s’inscrit en effet en Ba Cissoko Concert à Djibouti en 2006lettre d’or sur le fronton de ce festival vauclusien . Promesse est faite de ne point en banaliser la substance et de bâtir en l’espace d’une semaine les fondations d’une véritable interpénétration entre acteurs et spectateurs, entre l’imaginaire africain et les mentalités occidentales, entre les rêves d’exotisme et la découverte de réalités culturelles lointaines. Osmose, voire symbiose, le défi de Sun Art 2009 est des plus respectables car il ambitionne de changer efficacement la perception dominante d’une Afrique écrasée et malade, et de faire jaillir d’un néant collectivement consenti les faisceaux lumineux et les gestes fraternels qui signent la beauté et l’élégance (en effet) de la création africaine actuelle. Il a le mérite d’ores et déjà de mettre en lumière la nécessité impérieuse face à laquelle nous sommes tous désormais, à l’ère d’une mondialisation plus souvent profanatoire que tolérante, d’admettre l’altérité et la différence avec l’objectif constant de comprendre.

adam-adepoju-taxi-conteur.1242415844.jpgHeureux les habitants de Lourmarin qui verront défiler sous leurs yeux une quarantaine artistes parmi les plus talentueux de l’Afrique sub-saharienne, et par ailleurs bons copains d’Ici Palabre tels qu’Adam Adepoju alias “Taxi-conteur” , ou encore les kora-heros de Ba Cissoko qui, depuis quelques années, ont provoqué une petite révolution de la scène musicale mandingue en branchant des pédales disto entre leur calebasse à cordes et leur Marshall à tubes. Sous l’oeil avisé du percuteur légendaire Brice Wassy, la programmation musicale arbore la bannière d’un éclectisme raisonné, puisque à la soirée “Dub Reggae & World music” du 10 juillet (petite erreur les amis, -il fallait bien que je trouve une faille- Ba Cissoko ne sonne “World Music” qu’aux oreilles peu éduquées d’un chef de rayon disque chez Leclerc, “Electro Mandingue” aurait été plus approprié), succéderont les tendances “Blues & Afrobeat”(le 11 juillet) également très présentes sur la scène musicale africaine actuelle.

BA CISSOKO EN CONCERT
Ba Cissoko/ Concert au CCFAR de Djibouti, mars 2006 (Photo de l’auteur)

Le Festival Sun Art 2009, parrainé par la comédienne Aïssatou Thiam, c’est aussi la transposition au coeur d’une des plus belles cités de Provence, d’un “village africain” où le public qu’on souhaite nombreux pourra goûter sans doute un bon maffé, un poison sauce gombo ou un foutou-igname. Tout est prévu pour combler les sens et l’esprit: expositions d’oeuvre d’art, débats littéraires, contes pour enfants, danse, théâtre et même un bal lors de la soirée d’ouverture le 8 juillet. Nul doute qu’avec la pléiade d’artistes retenus, les rues du village s’animeront de couleurs sonores et de palabres improvisées dont -en Afrique en tout cas - on ne sait jamais trop quand elles se terminent…

Jean-Michel NEHER
jm@icipalabre.com

L’Afrique est vaste, et les Africains nombreux et pourtant…

Ba Cissoko and meAdam Adepoju and meBrice and me

…voici l’auteur de ces lignes en compagnie des Ba Cissoko à gauche, Taxi-conteur au centre, et Brice Wassy à droite…

Il ne sera pas dit que cet article a été influencé par ma sympathie et mon amitié pour la très dynamique Cécile Castera, assistante de chef de projet au sein de l’équipe de Sun Art ! Qu’elle soit vivement remerciée pour toutes les informations transmises.

VISUEL FESTIVAL
CONTACTS SUN ART

ASSISTANTE CHEF DE PROJET Cécile CASTERA Tel : +33.6.25.85.43.38
E-mail : festivalsunart@gmail.com
PROGRAMMATION MUSICALE Brice WASSY Tel : +33.6.35.46.38.78
E-mail : bwassy@free.fr
RELATIONS PRESSE Myriam BOUDJEROUDI Tel : +33.6.72.92.62.92
E-mail : myriamhouse@gmail.com
COORDINATION GENERALE Hélène BUISSON Tel : +33.6.64.81.09.67 / Jean-Folly KPODAR Tel : +33.6.76.87.58.35
E-mail : contacts@odeces.org

 

OSMOSE, DEVELOPPEMENT ET CULTURES Association loi 1901 à but non lucratif / Route d’Apt / Chemin de Lauzière / 84 160 Lourmarin
www.festivalsunart.com

03/05/2009

Vue sur l'ancienne bâtisse du Ferensay Park, Addis AbebaC’est au cours d’un récent voyage en Ethiopie que je découvre enfin le fameux Asni Art Village dont on m’avait déjà beaucoup parlé. Installé dans le “Ferensay Park”, vaste colline boisée jouxtant l’Ambassade de France à Addis Abeba, et dont les parcelles sont parfois louées à la journée par les citadins en quête de calme, le groupe “Asni Group Art” compte une vingtaine d’artistes, sculpteurs et peintres surtout, qui semblent avoir délibérément fui les galeries mondaines de la capitale pour se consacrer à leurs travaux en toute indépendance.
Parmi eux, un jeune sculpteur Asalef Teketel me conduit à une balade à travers les studios et les galeries en plein air, lieux de création et d’exposition permanente ouverts aux visiteurs.

Asalef TEKETEL devant l'une de ses oeuvres La surprise est réelle. Tout autour d’une vieille bâtisse en bois probablement centenaire, qui abrite au rez-de-chaussée l’immense studio collectif des peintres, des dizaines de sculptures en matériaux divers provoquent l’émerveillement. Plus loin, une dépendance renferme une très belle galerie de peintures soigneusement aménagée, qui contraste quelque peu avec l’impression de joyeuse anarchie qui règne sur le site.
Il ne me faut pas longtemps pour comprendre que je suis ici au milieu de l’un des plus importants viviers de créateurs d’Addis Abeba. Mieux, il s’agit sans doute du pôle de création contemporaine le plus fascinant et le plus innovant qui soit en Ethiopie.

The Train
The Train / Installation, assemblage de pièces métalliques / Endale DESSALEGN

Ce collectif d’artistes s’est fondé sur quelques constats simples et une conception “alternative” de la diffusion artistique. Premier constat: les plasticiens professionnels éthiopiens (“full time artists”), autodidactes ou diplômés de la Fine Art School, sont si nombreux qu’il devient impossible de trouver une place sur les cimaises des galeries d’art.
Deuxième constat: face à cette offre artistique pléthorique, les galeristes réagissent par une politique de sélection de plus en plus drastique, qui favorise le classicisme et exclue souvent les esthétiques plus contemporaines; politique qui, par une relation complexe de causes à effets, se traduit par une dévaluation progressive de la valeur marchande des oeuvres, du moins de celles des artistes de la nouvelle génération.
Troisième constat: la demande crée l’offre. Les acheteurs et les collectionneurs restent essentiellement consommateurs de produits artistiques porteurs des gènes de l’iconographie et de la symbolique patrimoniale et historique éthiopienne. Les dérives contemporaines intéressent certes, mais à condition qu’elles se réfèrent à la matrice de l’imaginaire visuel née sur les hauts-plateaux d’Ethiopie il y a plus de mille ans. Sinon, le doute perdure quant à la “qualité” de l’oeuvre d’art.

The Patriots / Asalef TEKETEL (bois, divers matériaux)
The Patriots
Asalef TEKETEL / 2008 / h:env. 100 cm (bois, tissus, peignes…)

untitled
(sans titre)
Endale DESSALEGN / env. 100X200 cm (technique mixte, assiettes en inox)

Ainsi, à défaut de lieux appropriés, à défaut d’une inflexion significative d’un marché pourtant en pleine émergence , à défaut d’une demande suffisant forte, qui sont autant de facteurs exogènes d’évolution du système dans lequel ils tentent de trouver leur place, les plasticiens les plus “contemporains” n’ont que peu de chances de faire carrière, d’accéder à la reconnaissance et de vivre économiquement de leur travail.
C’est donc en réponse à cette situation, que le collectif “Asni Group Art” s’est constitué, en se donnant pour objectif d’imposer sur la scène culturelle éthiopienne, un espace permanent de création et de diffusion dédiée aux expressions artistiques contemporaines.

Vue sur la bâtisse du Asni Art Village
Vue sur la vieille bâtisse qui abritent le studio des peintres

Alemayehu REGASSA, Asalaf TEKETEL, ALEYU, Daniel ALEMAYEHU, Demissie GUIRMU, Endale DESSALEGN, Genet ALEMU, Helen ZERU, Henock GETACHEW, Hirut GIZAW, Konjit SEYOUM, Mihret KEBEDE, Mulugeta KASSA, Ruth ADMASSU, Solomon TSEGAZEAB, Tewodros GIRMA, Tesfahun KIBRU, Tamrat GEZAHEGN, dont les oeuvres investissent dans ce “village des arts” pas comme les autres , témoignent d’un courage et d’une détermination qui suscitent l’admiration.

 

Vue sur la galerie d'exposition / Asni Art Village / mars 2009
Vue sur la galerie d’exposition / Asni Art Village / mars 2009

p1000761jpg.1241298115.jpgAsni Art Village
Close to french Embassy, inside Ferensay Park
Addis Abeba, Ethiopia

asniartvillage@gmail.com

NJ
jm@icipalabre.com

15/04/2009

Approche assumée et décryptage subjectif d’une “résurgence contrainte” (Enclosed Resurgence, 2001) de Julie Mehretu (artiste éthiopienne)

Oeuvre de Julie MehretuApproche
Au risque de contredire quelques articles anciens relatifs à l’exposition Africa Remix (2005, Paris), je défendrai donc les oeuvres de Julie Mehretu, qui fut l’une des 2 artistes éthiopiens présentés lors de cette exposition (cf. Catalogue Africa Remix, “Ville et terre”, pp.196-197). Non pas en raison de l’”ethiopianité” de cette artiste, ni de son “africanité”, mais pour ce que ses oeuvres transmettent en terme de force spirituelle.

Car au-delà des catégorisations thématiques proposées par les organsateurs et sensées faciliter la perception de l’oeuvre par le spectateur, ce qui importe, c’est bien cette “vibration de l’âme” ressentie à la vue d’un tableau.
Cet état d’extase ou de bouleversement auquel nous conduit (ou pas) la contemplation des formes et des couleurs.
L’exercice est difficile, toujours.
Il requiert patience et concentration.

Ruffian logistics, Encre et acrylique sur toile, 152X335, 2001/ Collection Thomas Dane, Londres

Ruffian logistics, Encre et acrylique sur toile, 152X335

Julie Mehretu, 2001/ Collection Thomas Dane, Londres

Lorsque je m’arrête devant l’une des deux toiles de Julie Mehretu exposées dans le labyrinthe d’Africa Remix à Pompidou, j’avoue ne pas être saisi au premier regard. Pourquoi ? Je suis un piètre visiteur, comme beaucoup, trop tenté par l’urgence de tout voir et tout découvrir. Plus préoccupé de tromper la vigilance des gardiens qui traquent les caméras. Deux minutes devant cette toile, tout au plus, et toujours rien. J’appuie sur le déclencheur de mon Panasonic, m’offrant ainsi pour toujours la version numérique d’une oeuvre qui me laisserait indifférent n’était l’origine de son auteur. Vous penserez sans doute qu’il n’y a rien de plus méprisable aux yeux d’un artiste que le vol d’une image, l’image d’une oeuvre pourtant “offerte” au sensible et à la réflexion. Mais mon larcin n’a rien d’un pillage, Madame Mehretu! Je suis de ces compilateurs qui s’arrogent l’opportunité d’un retour vers l’oeuvre, plus tard dans le calme de la méditation.

Quatre ans plus tard donc, j’observe à nouveau cette oeuvre sur l’écran de mon ordinateur.

Décryptage d’”Enclosed Resurgence”

“Enclosed Resurgence”, crée en 2001, est réalisée à l’encre et à l’acrylique. Elle confronte la rigueur d’un langage topographique et architectural à un tumulte de lignes sauvages qui paraissent s’échapper d’une perspective imposée. Un terrifiant mouvement d’implosion se déroule sous nos yeux. Il est figé, certes à un instant déterminé, que l’artiste a choisi à dessein, pour mieux infliger au spectateur le choc d’une réalité. Celle qui préoccupe une artiste dont la “nécessité intérieure subjective”, celle qui émane de sa personnalité et de son parcours, constitue le déclencheur des émotions vives.
S’agit-il d’une oeuvre abstraite? A première vue, oui, après réflexion, non.

Le “temps de l’oeuvre” est ici, comme toujours, primordial.
Le temps de la lecture du tableau, nécessaire à la recherche de sens, mais aussi le temps qui semble figurer dans le contenu pictural et qui doit nous guider dans la réflexion. Notion que l’on pourrait croire insaisissable en peinture, le temps est pourtant omniprésent pour peu qu’on soit attentif à la composition de l’oeuvre. Les amateurs de Kandinsky ne me contrediront pas…
Il est présent lors de l’observation de l’oeuvre et de l’effort intellectuel nécessaire à sa compréhension. Et il est présent dans le contenu, exprimant en quelque sorte la progression de l’artiste, qui partant de sa sensibilité et du langage esthétique et symbolique qui lui est propre au moment de réaliser l’oeuvre, chemine vers un “ pur signifiant” qu’aucune autre forme d’expressions ne saurait traduire. C’est le temps de l’investigation personnelle de l’artiste qui se libère de ses fantasmes conscients ou inconscients, et exprime par l’intermédiation de ce que d’aucuns nommeraient un “style”, une “écriture picturale”, ou un “langage esthétique”, une valeur morale absolue qui échappe à la raison mais résonne au plus profond de l’âme.
C’est là sans doute, ce qui fait d’une oeuvre d’art qu’elle est unique.

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Enclosed Resurgence, Encre et acrylique sur toile, 122X152
J. Mehretu, 2001 / Collection particulière, NY

Se limiter à commenter cette oeuvre en listant des thèmes et des idées ne conduit pas à sa compréhension profonde, intime, intérieure.
Dans “Enclosed Resurgence”, Julie Mehretu suggère l’ordre strict des sociétés urbaines (bâtiments et plans d’espaces dessinés au trait fin). C’est là, dans ces villes tentaculaires qui réunit l’essentiel de l’humanité, dans ces villes qu’elle a connues et quittées(Addis Abeba, Dakar), dans ces villes qu’elle a choisies pour lieu de vie (New-York), qu’elle expérimente le sentiment d’appartenance, d’enracinement et déracinement, d’exil et de solution à l’exil.
La vie urbaine ou l’urbanisation de la vie, ressentie comme une réalité inévitable et un avenir obligé.

Deux trapèzes, l’un rouge très clair, l’autre vert pâle, figure une perspective incertaine. Leur fonction scénographique paraît évident: la terre et le ciel en tant que limite géographique de l’aventure humaine.
Les couleurs et nuances choisies pourraient par contre faire débat. Nul doute qu’elles aient une fonction allégorique précise : si l’on emprunte à la théorie des couleurs de Kandinsky, le vert est la passivité, et le rouge une force immense. Leur mélange aboutit à un gris qui symbolise une forme de désespoir non définitif. Et c’est bien en effet vers le gris que tendent les deux trapèzes. On peut donc penser que l’artiste a voulu par ses altérations du vert et du rouge exprimer l’incertitude et la faiblesse d’un monde en danger, d’un ordre de plus en plus menacé.
Car en effet, à l’ordre social des métropoles répond l’anarchie et le chaos. Ils sont symbolisés par un jaillissement de traits sinueux et d’ellipses inachevées, sorte de chevelure épaisse livrée aux vents d’une tempête démoniaque, et des taches d’un noir de jais (encre) qui contrastent avec des nébulosités lointaines.
Il faut y voir l’expression d’une force difficilement contenue et de moins en moins maîtrisée. Celle des violences, du terrorisme, du désordre qui menacent selon un rythme exponentiel le cours de l’histoire.

 

“Enclosed Resurgence” est un avertissement.
Le monde organisé et systemisé ne répond pas aux attentes de minorités exclues de ce banquet où la majorité se partage les fruits du progrès. Sa sécurité vacille aussi sous les attaques féroces d’idéologies dangereuses qui projettent sa destruction. Les “résurgences”, qu’elles soient celles des forces de l’obscurantisme ou celles des revendications légitimes de populations délaissées et marginalisées, sont encore, pour le moment, “contraintes”, comme étouffées dans une dimension imposée.
Mais pour combien de TEMPS ?
C’est peut-être la question que pose ce tableau.

 

Julie MehretuJulie Mehretu est à Addis Abeba née en 1971. Après des études au Sénégal, elle part aux Etats-Unis et obtient un MFA (Master of fine Arts) à la Rode Island School of Design. Elle est en résidence au Musée des beaux-Arts de Houston en 1998-99 puis s’installe à New-York où elle vit et travaille. Maintes primé, le travail de Mehretu a été présenté au Walker Art Centre de Minneapolis (2002) , au Studio Museum de Harlem et au PS1 Contemporary Art Center de New-York.

 

Plusieurs de ses oeuvres ont été présentées lors de l’exposition “Ethiopian Passages” en 2003. Ses grands tableaux évoquent la relation fluide et changeante de l’individu et de la communauté à l’âge de la mondialisation.

 

NJ
jm@icipalabre.com

12/04/2009

Proposition de décryptage d’une oeuvre de l’artiste éthiopienne Kerima AHMED

Harrari Cityscape, Kerima Ahmed, acrylique sur toile, 80X100

Harrari Cityscape / Kerima Ahmed / Acrylique sur toile, 80X100

Comme nombre d’anciens étudiants de la Fine Art School de l’Université d’Addis Abeba, Kerima AHMED (diplômée en 2202) a tout appris des techniques occidentales de l’art et de la peinture en particulier. C’est là l’une des particularités de cette école pourtant africaine fondée en 1958, à savoir que l’enseignement donné aux élèves s’est toujours référé aux techniques européennes tout en proposant une analyse poussée des grands courants de l’histoire de l’art. Effet de mode ou influence du corps enseignant, l’une des tendances majeures que la jeune génération d’artistes éthiopiens s’est appropriée dans les années 2000, a été notamment les styles symbolistes et décoratifs de l’Art Nouveau et en particulier de la Sécession viennoise présidée par Gustav Klimt au tournant du XIXème et XXème siècle.
A l’instar d’Elais Areda et de Robel Berhane dont Ici Palabre a présenté les oeuvres dans de précédents articles, Kerima Ahmed ne s’est certes pas contenté de subir cette influence mais en a détourné les principaux caractères en les “éthiopianisants” dans une approche très contemporaine.
Son oeuvre se fonde sur une représentation orientalisante de paysages urbains qui se réfèrent essentiellement aux particularismes architecturaux de la ville de Harrar dans le centre-est de l’Ethiopie. Malgré la présence d’éléments ornementaux, elle diffère assez nettement de la tendance symboliste et purement décorative qui prévaut chez d’autres peintres éthiopiens de sa génération tels que Robel Berhane. Dans les oeuvres de Kerima en effet, l’espace est maîtrisé, notamment par l’architecture et par une adroite combinaison de couleurs qui font ressortir l’élément humain. Mais les fonds ne sont pas uniformes ni indépendants du sujet, comme parfois dans l’Art Nouveau, mais au contraire définissent des perspectives aléatoires et une combinaison de formes géométriques et de couleurs qui évoquent les réalités esthétiques et architecturales de Harrar. Des femmes musulmanes (comme elle), revêtues de simples mantes noires, rouges ou jaunes, semblent comme emprisonnées dans la géographie complexe d’une mosaïque de maisons, murs, toitures et objets qui suggère le poids de l’ordre social, de la tradition, des croyances et des obligations religieuses. Les à-plats de couleurs unies utilisés pour les vêtements créent dans ce tableau une rupture franche avec les autres zones colorées et permettent ainsi de concentrer la réflexion sur le rôle des personnages et la raison de leur présence. Quatre femmes qui portent le hidjab, signe d’une acceptation des recommandations coraniques, ou signe d’une résignation désespérée. L’artiste, par le jeu habile des formes longues et ascendantes, incite le spectateur à porter son attention sur les visages, et par conséquent sur les sentiments qu’ils pourraient exprimer.
Ces femmes sont-elles libres? Libres de leurs choix? Conformistes ou réfractaires?
C’est précisément la question que pose cette oeuvre et qui fait tout son intérêt.

Kerima Ahmed dans son studio-galerie (Nubia Art Studio)

Kerima Ahmed dans son studio-galerie (Nubia Art Studio)/ mars 2009 / ©Ici Palabre 2009

Kerima Ahmed est une jeune artiste de 32 ans, diplômée de la “Fine Arts and Design School” de l’Université d’Addis Abeba en 2002. Au cours des dix dernières années, elle a participé à de nombreuses expositions collectives dans la capitale éthiopienne. C’est en 2004 qu’elle présente pour la première fois quelques unes de ses oeuvres dans une galerie étrangère (Galerie Wit, Wageningen, Pays-Bas). En 2005, la célèbre Galerie Peter Herrmann de Berlin sélectionne à son tour les tableaux de Kerima pour l’exposition collective “You saw all. You know one” coordonnée par Yenatfenta Abate, une artiste éthiopienne installée en Allemagne. 28 artistes figurent au catalogue, dont Merikokeb Berhanu , Daniel Asfaw, Solomon Asfaw et Nebyou Tesfaye, tous d’anciens étudiants de la Fine Art School d’Addis. C’est la première fois qu’une exposition de cette ampleur consacrée à la nouvelle génération d’artistes contemporains éthiopiens se déroule en Europe.
Parmi eux, beaucoup ont depuis été tenté par l’étranger et forçant le destin, se sont installés pour nombre d’entre eux sur la côte ouest des Etats-Unis, convaincus de pouvoir réaliser leur rêve de carrière en se rapprochant d’une des zones les plus actives du marché international de l’art. Kerima, que j’ai pu rencontrer au mois de mars dernier à Addis Abeba, n’a pas fait ce choix, persuadée que son travail auquel elle se voue avec passion et conviction, la conduira un jour ou l’autre sur la route du succès et de la reconnaissance.
 
Plusieurs oeuvres de Kerima Ahmed seront exposées au concert-exposition “Soul’n Paint” au restaurant The Paillote à Djibouti du 19 au 22 avril 2009. Vernissage le 19 avril à 19h30.

NJ
jm@icipalabre.com 

11/04/2009

lahens-yanick_la-couleur-de-l-aube.1239474020.jpgYannick Lahens
La couleur de l’aube
Sabine Wespieser. 2008

La note de lecture de Monique Dorcy


(Extraits)
Fignolé, mon jeune frère n’est pas rentré hier soir. Je ne l’ai pas entendu ouvrir avec précaution la porte d’entrée ni soulager bruyamment sa vessie comme il le fait souvent. (…) Il est tout juste quatre heures trente… ce moment entre ombre et lumière est celui que je préfère. Celui où je peux penser en toute liberté à ceux qui occupent cette maison. A tous ceux que je ne sais où trouver ou qui sont trop loin. L’heure de mes rancœurs accumulées, l’heure de mes haines aux cent raisons, de mes attentes en cortège, de mes privations à faire pleurer de rage. Rancœurs, haines, privations, je les accueillerai bientôt toutes. Sans distinction aucune. Comme des commères bavardes. Je porte au-dedans de moi tant d’autres femmes, des étrangères qui empruntent mes pas, habitent mon ombre, s’agitent sous ma peau. Pas une ne manquera à l’appel d’une jeune femme de trente ans que le temps a usée sur toute sa surface. D’une femme foudroyée il y a quelques années déjà et qui feint de continuer de vivre comme s’il ne s’était rien passé. (…) Dieu qu’il fait frais ! J’ai placé la cafetière sur le réchaud à gaz dans la cour arrière et remonté avec précaution le col de ma robe de chambre dont le rouge a tourné depuis longtemps en une couleur d’usure. Une couleur bistre, méconnaissable. De la rigole qui longe le mur tout au fond de cette minuscule cour, monte une odeur tenace de pourriture et d’urine. Elle s’est engouffrée en bouffées obscures quand j’ai ouvert la porte. Et pour ne rien changer Fignolé n’est pas rentré. (Extrait p. 12-13)
Il est là absent dans toute son épaisseur, lui que la peur n’a pas réussi à mettre à genoux. Il est là comme une question en suspens, en apnée, en non-dit. Il est là comme une obsession dans le temps, qui se dilate au fur et à mesure de l’inquiétude et n’en finit pas de s’effilocher. Il est là comme un poids mort. L’est-il ?
De l’aube à la nuit installée, un lundi ordinaire de février qui s’ouvre sur des actualités ordinaires de manifestations ordinairement réprimées par le parti des Démunis, Fignolé n’est pas rentré… Et son lit vide porte les interrogations esquivées de femmes (ses sœurs et sa mère) qui vivent, en huis clos, en chuchotis, en regards sous cape, affrontement de biais, soumission au monde tel que Dieu l’avait créé, quelques cris sans effets, des colères sans raison sur plus pauvre, plus fragile que soi, des silences recouvrant à nouveau la maisonnée.

Quartier de vaincus. Pays maudit. Temps immobile, heures figées.

Vaquant à leurs occupations, ce sont les voies intérieures de Joyeuse (elle porte si bien son nom) et Angélique (elle fait tout pour l’être), que nous entendons exprimer tour à tour un quotidien qui se ressemble en apparence si peu… et pourtant, elles forment à elles deux les faces d’une même médaille : l’une, avec ses fesses à embarquer tous les trottoirs de la ville, mord à pleines dents une vie dans sa routine déprimante, l’école, le magasin où elle est vendeuse, ses amours contrôlés, le dernier beaucoup moins ; l’autre, femme abusée, mère sacrifiée, fille soumise, sœur exemplaire, côtoie, comme infirmière, la misère insoutenablement crasse de l’hôpital de Port-au-Prince.

Une journée étonnamment longue.

Elles cherchent à combler ce vide en coups de fil, en demande sans réponses, en enquête condamnée, et ce faisant, elles nous offrent le spectacle édifiant d’une ville en rase-mottes, où tout respire l’abandon, le renoncement, l’agonie, les effluves nauséabonds (cadavres d’animaux, incontinences des vieillards, visages poisseux de morve des enfants et eau aigre que rejettent les estomacs affamés), la peur aux tripes à chaque course en tap-tap, l’impossible ou, lorsqu’elle existe, fausse communication entre voisins-voisines, tonton-tantine, administrés-administrants, l’amitié et ses faux-semblants, les désirs inassouvis, le même paradoxal désespoir pour les vaincus comme pour les vainqueurs ( !!!) et puis la mort, la mort sale et anodine.

Yanick LahensYannick Lahens, dans un style magistral de poésie « clairvoyante », un regard désolé-désolant, dresse le portrait sans complaisance d’Haïti, dans ses gestes coutumiers, ses outrances macoutistes, ses espérances tragiquement dérisoires. Les thèmes ne sont pas sans rappeler la prose magnifiquement décapante de Marie Chauvet (Amour, colère et folie) et le ton de William Faulkner (à qui elle a consacré un essai comparatif) d’une part et le théâtre feutré de Jean Luc Lagarce (J’étais dans la ma maison et j’attendais que la pluie vienne) d’autre part.

Dieu (ou les loas), s’il a créé ce monde, je lui souhaite d’être torturé par le remords. Excellent. Tout simplement excellent.
Monique Dorcy
Documentaliste au collège Auguste Dédé

Yanick LAHENS
Yanick Lahens est l’une des grandes figures de la littérature haïtienne, elle brosse sans complaisance le portrait de certaines réalités caribéennes et s’implique activement dans la vie culturelle de l’île.
Née à Port-au-Prince en 1953, elle termine ses études à La Sorbonne à Paris. De retour en Haïti elle enseigne à l’Ecole Normale Supérieure et multiplie les activités : journaliste (Radio Haïti Inter, les revues Chemins critiques, Cultura…), un temps éditrice aux éditions Henri Deschamps, membre fondatrice de l’association des écrivains haïtiens qui combat l’illettrisme en organisant des lectures et rencontres dans les écoles du pays et membre du Conseil International d’Etudes Francophones elle a même intégré le cabinet du ministre de la culture aux côtés d’un autre grand écrivain haïtien, Louis-Philippe Dalembert, de 1996 à 1997. En 1998, elle dirige le projet La route de l’esclavage qui interroge, par la science et les arts, l’histoire de l’esclavage.

En savoir plus:
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/lahens.html
http://www.etonnants-voyageurs.net/spip.php?article760